Mon Journal de Séville

30 avril 2015

Jeudi 30 avril 2015

Finalement, Séville ne veut pas me quitter. Je me suis levé à quatre heures, j’ai fait venir un taxi. À cinq heures trente j’étais à l’enregistrement de l’aéroport et… ils n’avaient pas mon billet. Mon agence de voyage, Opodo pour ne pas la citer m’avait envoyé un mail disant que le vol du soir direct de 18 h 05 était supprimé et remplacé par celui du matin à 6 h 50 avec transit à Madrid, ce qui vérification faite était complètement faux. Il paraissait que je n’avais pas le choix. J’avais donc naïvement accepté victime de je ne peux pas savoir quelle magouille. Or ils ont oublié de m’enregistrer sur le vol du matin et j’étais toujours enregistré sur celui du soir. Douze heures d’attente, douze heures à passer dans l’aéroport de Séville car il n’y a évidemment plus de consignes. J’aurais pu retourner à Séville, mais que faire avec mes deux bagages d’autant que rien n’est ouvert avant 9 heures. Situation absurde, je suis totalement dépendant de mes bagages que je ne peux quitter, même pour acheter un journal, même pour aller aux toilettes sinon ils risquent d’être détruits. J’ai donc repéré dans la minable cafétéria une table avec une prise où j’ai pu brancher mon ordinateur pour travailler pendant tout ce temps. Il y a le wifi de l’aéroport mais, bien sûr, il n’est gratuit que trente minutes. J’ai demandé si je ne pouvais pas avoir un billet sur un autre vol. Oui, c’était possible, en première et des 150 € que j’ai payé mon retour de Séville, le coût passait à 700 € pour deux heures de vol, ce qui faisait cher de l’éventuelle coupe de champagne. Je me suis donc résigné. Mais ceci confirme bien à quel point les agences de voyage nous prennent pour des imbéciles car en effet nous ne pouvons rien contrôler ni vérifier.

J’ai passé ma dernière journée à Séville dans le bruit incessant des haut-parleurs de l’aéroport et les bavardages sans intérêt des serveuses et des passagers en attente car la cafétéria est sonore et le moindre son y est multiplié par cent. La nettoyeuse par exemple fait un bruit de bulldozer.

Cela aussi fait partie de l’aventure mais j’avoue que je m’en serais bien passé.

Hier soir je suis allé manger dans le quartier très touristique de Santa Cruz où se trouvent la majeure partie des restaurants de Séville : 5 huîtres (ils n’en avaient pas plus) à trois euros cinquante pièce, deux verres de vin, un plat de morue pas assez cuit et noyé sous une sauce béchamel ce qui tue tout le goût du poisson, un café : quarante euros. C’est le repas le plus cher que j’ai fait durant tout mon séjour. Les garçons étaient aimables, gentils, mais…

S’il n’y a pas d’autre imprévu je quitte Séville à 18 heures, sinon… Je continuerai mon journal et vous en serez ainsi informé même si vous n’en avez rien à faire. Sinon je reviens à Paris en attendant que le vaisseau Soyouz nous tombe sur la tête.

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29 avril 2015

Mercredi 29 avril 2015

Venir est une joie, partir un déchirement. Dernier jour. Je passe sur les contraintes inhérentes : faire le ménage, la valise, ranger l’appartement, voir la propriétaire et s’entendre sur les clés (je pars demain à cinq heures du matin) qui ne concernent que moi.

Comme un autre symbole (il suffit de les chercher pour les voir), le ciel est aussi bleu que mes premiers jours qui souligne les couleurs chaudes ou blanches de la plupart des rues de Séville. Est-ce un message ? Ne pars pas, prolonge ton séjour ? Je pourrais mais pour éviter ces remords de dernière minute, j’ai pris des rendez-vous à Paris pour la fin de la semaine. Ensuite… Plaza Mayor un groupe de danseurs fait des claquettes sur des airs irlandais, il y a des projecteurs, des caméras, peut-être une publicité ou un clip vidéo. Je m’enfonce vers le quartier Santa Cruz où, chaque fois que j’y vais sans carte, je tourne sans le vouloir un moment en rond pour finalement retrouver un café, une rue, une église qui me servent de repère. Il y a dans ce café de très beaux patios qui font toujours plaisir à voir, celui du consulat de Hollande, par exemple, rue Cantos, ou celui de l’institur britannique, calle Federico Rubio, et d’autres encore plus anonymes. Les rues y sont étroites, tortueuses, la notion de droite n’y a pas lieu de cité et même, quand sur la carte, il semble qu’il faille aller tous droit, les tours et les détours des rues réelles égarent le promeneur.

Je me suis intressé aux magasins, ce qui m’arrive de temps en temps car ils me semblent être de bons marqueurs culturels. Dans l’ensemble, comme le veut hélas la mondialisation, ce sont les mêmes que dans toutes les villes d’Europe et bientôt du monde, surtout les chaînes de vêtements — Zarra, CA… — car je supposer qu’ici, comme ailleurs, les châines comme Darty ou Ikea se trouvent dans des périphéries ou, marcheur, je ne vais pas ; ou encore les innombrables, inévitables magasins de souvenir dès que l’on s’approche du centre touristique. Ou encore les innombrebles cafés et restaurants. Cependant, ce qui est ici remarquable et que je n’ai jamais trouvé ailleurs, même à Lisbonne, ce sont deux particularités remarquables. D’abord le nombre très élevé de magasins vendant des robes andalouses. Pourtant elles ne sont pas bon marché, les moins chères que j’ai vues étant à 150 euros. Ensuite le nombre aussi très élevés de boutiques vendant des objets religieux : médailles, cadres, statuettes, statues, etc… Et pourtant, là encore, ce n’est pas bon marché le moindre angelot, petit, est à trente euros et ça peut monter beaucoup plus haut. De la même façon, les quelques antiquaires que j’ai vus sont également pleins d’objets religieux. Par contre les galeries d’art ? J’en ai vu deux ou trois, sans plus comme si la culture, ici, se figeait dans la religion et il me semble siginificatif que la Feria — fête andalouse — suive de près la Semana Santa. Pour le reste, pas de différence fondamentale avec les autres villes où j’ai séjourné  et vécu, on y annonce la fête des mères.

Adieu Séville…

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28 avril 2015

Mardi 28 avril 2015

Ce journal tire à sa fin, ce sera son avant-dernière page, jeudi je quitte Séville sachant que, comme je l’ai décidé je n’y reviendrai plus jamais. Aujourd’hui donc je fais mon deuil de Séville comme je l’ai fait de Lisbonne en marchant au hasard dans les rues de la ville, sans but, sans intention, seulement pour les graver dans mes jambes et, partant, ma mémoire. Comme un signe, en sortant de chez moi, un corbillard attend dans la rue avec une énorme couronne. Il est vrai que sous ma fenêtre se trouve le monastère Santa Paula mais, tout de même… De plus, à quelques rues, je tombe sur une affiche manuscrite : « j’ai perdu un carnet noir très important, récompense à qui le trouvera », suivi d’un numéro de téléphone. Décidément c’est le jour des pertes. Ce n’est pas la première fois que je suis ainsi amené à faire le deuil d’une ville mais si c’est moins douloureux que celui d’une personne, c’est quand même un sentiment étrange mêlant mélancolie et douleur. Le temps est revenu au beau. Je flâne, achète le journal, fait cirer mes chaussures par mon limpiabotas habituel, m’installe à une première terrasse dont je suis chassé par une odeur de cigare, je vais trouver refuge sur un banc public Plaza del Duque de la Vitoria, un homme de mon âge s’installe à côté de moi, joue avec son iphone puis met la radio. Pas de chance. Je vais finir mon journal sur la belle place ombragée des Aledades puis marche, marche encore, essayant, y réussissant presque à me perdre dans un quartier où je n’étais pas encore allé. Depuis quelques jours, Séville ne sent plus le jasmin, les arbres ont défleuri, ni l’encens car il n’y a plus de processions. Séville a une odeur banale de ville où les voitures, interdites dans les rues trop petites, sont interdites. Séville me dit qu’il faut repartir. Un homme passe dans la rue portant bien haut une pancarte : « el cerebro genera la menta, el « alma » es un truco de sumission », étrange affirmation laïque dans une ville où la religion s’impose partout, où deux rues sur trois portent des noms qui font référence à la religion catholique : rue de l’exaltation, rue des Innocents, place de l’ossuaire, rue de la divine pasteure… sans compter les innombrables noms de saint et les églises qui, sans exagération sont plantées à presque chaque carrefour. Il passerait presque dans l’indifférence générale si un jeune homme à vélo ne tenait pas à se faire photographier avec lui. Pourtant cette atmosphère religieuse n’est pas pesante. Je dirai, si ce n’était pas un contresens philosophique, qu’elle est ici naturelle et je ne crois pas avoir vu une seule école qui ne soit pas religieuse. Je n’y suis pas resté assez pour prétendre détenir sur ce point une quelconque vérité et ce que je dis, une fois encore, n’est qu’un sentiment personnel qui vaut ce qu’il vaut. En tous cas je n’ai ressenti aucune gêne.

Il y aura d’autres villes, du moins je l’espère même si, à mon âge, l’incertitude l’emporte sur les certitudes.

Ce soir pour conclure sans trop de tristesse, je vais faire un dernier repas au Contenedor qui est, sans contexte, le restaurant qui, de la totalité de mon séjour, m’a le plus séduit.

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27 avril 2015

Lundi 27 avril 2015

Plus que deux jours à passer ici, je me sentais bien à Séville, j’y serais bien rester quinze jours de plus mais il faut bien de temps en temps retrouver la communauté humaine qui, s’il ne se manifeste pas oublie rapidement ses membres. À tant que faire, je préfère la solitude volontaire à la solitude subie. Le temps ne s’est pas vraiment arrangé et la météo n’annonce rien de bon pour les jours à venir. Le proverbe d’avril est vrai ici, au sud de l’Espagne, comme au nord de la France. Au cours de la journée, le soleil essaiera bien de percer mais ça restera très timide…

Aujourd’hui j’ai recommencé à jouer au touriste, il y avait encore un lieu, incontournable, que je m’étais gardé pour la faim : la maison de Pilate. Je ne saurai vous dire si son nom provient de celui de la place (Plaza Pilatos) ou l’inverse. Peu importe en tous cas et Internet vous en apprendra là-dessus certainement plus que moi. Quoi qu’il en soit c’est un des palais des ducs et duchesses de Medinacelli, une des plus « grandes » familles d’Espagne dont Wikipédia publie la liste depuis le quatorzième siècle. Le palais a été construit à partir du quinzième siècle à partir des terrains et propriétés récupérés par la « très sainte inquisition » qui gardait ainsi quand même bien les pieds sur terre même si elle ne prétendait défendre que les territoires célestes. Ceci dit, paix à leurs âmes, ce palais est une merveille à plus d’un titre. D’abord par son architecture autour de plusieurs patios, ensuite par ses jardins, puis par son extraordinaire collection de marbres antiques dispersés dans les divers espaces, enfin par une grande collection de tableaux, essentiellement des dix-septième et dix-huitième siècle dont une très belle petite madone dans l’escalier d’accès au palais d’hiver (la partie haute), un Goya (el arrestre del toro) et la curieuse femme à barbe de Jusepe de Ribera (une belle copie) parmi de nombreux autres. malheureusement tout cela est très mal mis en valeur et noyé dans les portraits familiaux dont la plupart quand même sont de très belle facture. Ce qui est amusant, c’est que la duchesse actuelle a semé ça et là de minables petites photos de sa famille actuelle. N’ont-ils plus les moyens de s’offrir de vrais tableaux ? Je n’ai pas osé poser la question. Quoi qu’il en soit si la visite du rez-de-chaussée (le palais d’été) magnifique exemple de l’influence arabe sur les demeures aristocratiques du sud de l’Espagne est libre, le premier étage ne se visite qu’avec un guide ce qui m’ennuie toujours car il est impossible de choisir ce que l’on veut regarder avec le plus d’intensité et que le commentaire est sans grand intérêt. J’ai quand même appris que Séville était une ville humide. C’est toujours ça…

Ensuite ? Ensuite flânerie habituelle dans les rues où je ne suis pas encore passé. Curieux de constater que le cerveau se crée une topographie virtuelle à partir d’indices infimes et comment, au bout de quelques jours, il sait exactement où il est même dans des lieux jamais vus. Puis… Piscine.

26 avril 2015

Dimanche 26 avril 2015

Ce matin il pleut sur Séville, peu, mais il pleut. Il est vrai que cette ville qui chapeaute Gibraltar est à environ cent kilomètres de l’Atlantique et pas davantage de la méditerranée. C’est dimanche et le dernier jour de la Feria et je ne sais pourquoi ça carillonnait beaucoup ce matin. Tout est fermé, la ville est triste. Seules les boutiques chinoises, qui jouent ici un peu le rôle de nos épiciers arabes, sont ouvertes. Elles sont toujours et, dans un bazar surchargé qui tourne parfois même au labyrinthe, offrent pratiquement de tout, des bouteilles d’eau aux parapluies en passant par les conserves et les yaourts.

Je m’étais promis d’aller à pied au Musée d’Art Contemporain qui est assez loin, dans l’île de la Cartuja où se trouve le monastère des chartreux qui lui donne son nom. Le monastère, vu de l’extérieur, est intéressant sans plus mais, contrairement à ce que disait mon dépliant, il était fermé. Pas d’art contemporain donc. Je m’étais dit que, pour compenser, ce serait bien de pouvoir photographier des andalouses avec un parapluie mais, est-ce justement parce qu’il pleuvait, pas d’andalouse. J’ai pensé un moment aller au Musée Archéologique, Plaza de America, dans le très beau parc Maria Luisa mais, en route, il pleuvait assez fort et j’ai dû m’abriter longuement à la pâtisserie café Campana, place du même nom où il y a rarement une table libre. Un café solo, un gâteau. J’aime bien goûter les produits locaux que je ne connais pas mais je suis assez déçu par les pâtisseries espagnoles, elles manquent totalement de la finesse des pâtisseries françaises. Toutes celles que j’ai goûtées sont plutôt lourdes, trop sucrées, même celles qui se présentent comme des spécialités, par exemple le pastel cordobes. Seule la torta de queso (le gâteau au fromage) me paraît correct mais ce n’est quand même pas une merveille. Rien avoir avec les turon, les nougats, qui sont délicieux mais trop riches en calories pour pouvoir en consommer régulièrement. Le temps aurait été idéal pour la piscine mais, le dimanche, elle est aussi fermée. Ce sont des jours comme celui-là où la solitude se paie au prix fort.

Donc, après mes trois heures de marche, j’ai eu envie de rentrer. L’avantage de louer est celui-là, on n’est pas cantonné à la tristesse (quel que soit son luxe) d’une chambre d’hôtel. De plus l’exaltation expressionniste des voisins faisant l’ amour fenêtre ouverte a un côté réjouissant. Je travaille tout l’après midi puis décide de sortir pour aller manger. Je choisi El Pimiento Rojo qui paraît-il est excellent. Le temps s’est tellement dégradé que, pour la première fois, je suis obligé de mettre un pull en plus de mon blouson. Finalement ce n’est pas très différent de Paris.

Le Pimiento Rojo est au bout des Alamedas (la promenade), ce qui ressemble le plus à un cours méridional, une longue place plantée d’arbres où il est agréable de boire un verre à une terrasse. C’est un petit restaurant très correct, un peu bruyant à mon goût, mais vivant. Une bonne idée pour une soirée.

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Samedi 25 avril 2015

Ciel plombé. Ce matin il pleuviotait sur Cordoue. Ces villes ne supportent que le soleil. J’ai décidé de rester à travailler dans ma chambre d’hôtel jusqu’à l’heure de mon train vers Séville en fin de matinée. À Séville le temps est le même, cette espèce d’humidité chaude qui m’a fait détester, Montpellier, la ville de mon adolescence parce qu’elle me provoque un bizarre rhumatisme au niveau des occipitaux qui me donne de légers vertiges et me font me sentir comme dans le brouillard. Arrivé à l’appartement vers quatorze heures, je suis allé marcher pour m’éplucher de l’étrange mélancolie que j’ai attrapée comme une grippe à Cordoue. Je suis allé boire un café au petit marché que j’aime bien et que je recommande de la petite Plazza Calderon de la Barca, légèrement en retrait de la longue rue Feria qui va du centre à la Macarena. C’est un marché un peu décrépi mais très vivant, fréquenté surtout par des jeunes entre vingt et quarante ans autour duquel il y a deux ou trois bistrots sympathiques. Enfin, ça dépend du genre de touriste que vous êtes car il n’y a là rien de spectaculaire.

La vie seulement… Mais c’est déjà beaucoup. Ça change de l’aspect complètement artificiel, parfois même Disneyworld, des lieux fréquentés par les masses de groupes de voyages organisés faisant sans cesse des selfies à l’aide de leurs longues perches. La photo numérique présente en effet cet avantage que l’on peut voir immédiatement l’image que l’on vient de faire et imposer aussitôt son visionnage à tout notre entourage-otage. Je critique. Facile… Mais si je ne fais pas de selfie, j’ai fait plus de mille six cent autoportraits que j’utilise pour les divers besoins de mes blogs. Je ne me prive donc pas du tout, comme certains le savent bien, des conforts du numérique. J’ai pris plus de 400 photos de Séville, une centaine de Cordoue comme de Erevan, Linz, Barcelone, Rio, Sao Paulo, Damas, Buffalo, Pékin, Bilbao, etc.… qui tournent sans fin en fond d’écran de mes ordinateurs. Comme tout le monde aujourd’hui je dois avoir près de vingt mille clichés numériques et, chez moi, s’entassent des albums et des caisses de photos argentiques dont je scanne parfois les plus intéressantes. Notre mémoire intime est dorénavant une mémoire externe d’images beaucoup plus que la mémoire interne des mots à laquelle, depuis des millénaires, notre cerveau s’était adapté. Même si ce journal s'efforce, modestement, de la maintenir : on n'écrit plus de longues lettres pour raconter nos voyages. Il est vrai qu’il est, par exemple, difficile de résister à l’infini variété d’harmonies colorées que les costumes andalous féminins proposent en ce moment, partout, à chaque coin de rue, à notre rétine, comme à la pureté esthétique qu’offre la multitude des équipages équestres parcourant la ville. Il y a ainsi dans la photo une volonté forte, bien que vouée à l’échec, d’arrêter le temps, le figer un moment sur ce spectacle dont on sait qu’il ne sera plus jamais car, à notre échelle individuelle, le monde est trop vaste et je ne reviendrai plus jamais à Séville comme je ne retournerai pas à Kanazawa. Tant d’autres villes m’attendent susceptibles de m’offrir tant d’autres moments d’intensité visuelle et, partant, de forts moments de plénitude. Chaque photo est pour moi comme un moment de méditation et, malgré sa matérialité, cela ne se partage pas vraiment. Mon Séville ne sera jamais le vôtre.

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24 avril 2015

Vendredi 24 avril 2015

La journée commence par un petit déjeuner place du corredor. J’ai voulu faire comme les cordouan : churros (beignets) et café au lait. Mon estomac n’a pas bien aimé, trop gras et ce goût de graisse est tenace. Est-ce pour cela que je ne me sens pas bien à Cordoue comme à Séville ? Ou parce que je suis en position de touriste ? Ou parce que le temps est aujourd’hui médiocre avec presque pas de soleil et un vent froid qui donne l’impression, bien qu’il fasse 27 degrés à 16 heures que la température est au-dessous de 20 ? Pourtant la vieille ville est, objectivement magnifique et, de patios en patios, de places en places, d’églises en églises, on va de merveilles en merveilles… Mais peut-être, peut-être ça aussi, une indigestion de choses à voir vues. J’ai besoin de longs moments de transition…

Ce matin, l’incontournable, la mosquée-cathédrale. Première surprise agréable elle est tellement vaste que, malgré la foule de touristes de toutes nationalités, il n’y a aucune queue, surtout si on achète son billet aux caisses automatiques. C’est toujours une merveille, quelle que soit la direction vers laquelle se porte le regard ses perspectives d’arches et de colonnes sont un vrai régal pour l’œil. Elle est tellement immense — 180 mètres de long sur 130 mètres de large —  qu’aucun détail ne casse leurs lignes et que, en dépit des foules, elle semble vide, vers un infini qui donne à penser. Sa simplicité de décor que, malgré tous ses efforts, le catholicisme n’est pas parvenu à contrarier est une merveille. Ici, quoi que l’on en pense, les dégoulinures d’or, la masse de tableaux, les multiples saints du catholicisme ne mord pas sur son espace. Il est et reste un intrus, quelque chose comme un parasite qui marque partiellement un corps sain et ne parvient cependant pas à en détruire la beauté. Je ne connais aucun autre lieu qui montre si bien la différence de conception de l'espace religieux et, partant, du rapport au divin. Je l’ai parcourue de long en large en ayant toujours l’impression d’y être presque seul et j’ai dû y rester une heure alors qu’apparemment il n’y a rien à voir mais j’ai longuement rêvé sur les multiples lignes de fuite. Seule la petite pièce du trésor, sans grand intérêt d’ailleurs, donne un peu une impression de foule. Après cela il faut se reposer l’œil et, pour cela, Cordoue ne manque pas de petites places pour boire un verre. J’ai choisi celle sur laquelle s’ouvre le musée archéologique qui, en passant, est intéressant, sans plus.

Retour à l’hôtel pour une petite sieste. Récapitulations : j’ai vu tout ce que je m’étais promis de voir. Donc, retour au calme. Ce sera lecture à une terrasse de café épargnée par le vent puis restaurant. Après renseignements et consultation de TripAdvisor, j’ai choisi le Flamenka, près de la cathédrale qui a une bonne réputation. Le cadre est très modeste mais l’accueil est chaleureux. La cuisiner est une honnête cuisine bourgeoise, certainement fait maison (ou alors j’ai perdu toute capacité à apprécier la cuisine). J’ai pris un salmonejo cordobes, espèce de velouté ressemblant à un gaspacho en plus dense, et une queue de taureau, délicieuse, fondante à souhait comme quand je prépare de la joue de bœuf, mais trop copieux pour une personne seule. Deux verres de bon vin, un café, le tout pour trente euros. Correct donc ce qui est déjà beaucoup.

23 avril 2015

Jeudi 23 avril 2015

Quarante cinq minutes de Talgo depuis Séville, très confortable. J’arrive donc à Cordoue. J’achète une carte, cherche la rue de mon hôtel, introuvable. Je me renseigne, personne ne la connaît. J’essaie donc de trouver l’hôtel Windsor Hôtel & Tower qui m’avait séduit pas sa situation et sa piscine. Introuvable. Au syndicat d’initiative on ne le connaît pas et pourtant mes 300 € ont bien été prélevés. Je vérifie encore… Internet ignore le monde, sa géographie est plate et les distances n’existent pas dans son temps réel. L’hôtel que j’ai réservé est à Cordoba, en Argentine. Cette idée ne m’avait pas effleuré une seconde, demandant un hôtel de Cordoue, à partir de Séville, j’ai complètement négligé cette homonymie. La leçon est coûteuse, mais c’est une leçon utile… J’ai quand même trouvé une chambre dans un hôtel sans piscine…

À première vue — mais les premières vues sont rarement les bonnes — Cordoue est une ville moyenne beaucoup moins animée que Séville et dont certains quartiers ressemblent par l’accumulation des boutiques aux Baux de Provence ou à Antibes. J’ai commence, selon mon habitude, à rôder au hasard. Je ne vais pas décrire les monuments, Wikipédia le fait très bien. C’est un mélange de Séville et de Carmona, en partie ville moderne, en partie village andalou. Les petites rues sont superbes et très propres (je n’en avais pas gardé ce souvenir) et il fait très bon s’y promener, surtout après six heures du soir car la chaleur est déjà terrible l’après-midi. J’ai visité plusieurs lieux dont l’alcazar des rois catholiques qui est surtout remarquable pour ses céramiques romaines et par la vue que, du sommet de la seule tour où l’on peut monter, on a de la ville et de la campagne. Les remparts aussi soulignées de leurs bassins d’eau. Puis quelques églises : je ne m’en lasse pas et, au passage, la joie de découvrir un merveilleux sculpteur sur bois : Aurelio Teno.

Le soir je suis allé écouter un concert au centre culturel : Beethoven, trio, opus 11 et Brahms, trio opus 114. Je ne suis pas musicien mais j’ai soudain compris la différence entre jouer ensemble toutes les notes et faire un trio. Ce devaient être des étudiants. leur jeu m’a plongé, je ne sais pourquoi dans un insondable sentiment de solitude s'est jeté sur moi comme un chat sauvage car, tout au long du concert, je me suis demandé ce que je faisais là. Je n’ai d’ailleurs pas pu tenir jusqu’au bout et suis parti après le deuxième mouvement. Je suis alors allé manger — médiocrement, c’est le risque lorsque l’on découvre une ville — sur la Plazza Tendillas qui semble être le cœur de la ville, lieu de transition entre la partie moderne ressemblant à n’importe quelle ville du monde et la partie ancienne inimitable. Qu’avons-nous fait pour ne laisser désormais à nos descendants que des lieux sans âme et sans charme alors que nos prédécesseurs nous ont fait hériter de tant de lieux admirables. Notre génération est égoïste qui ne pense qu’à ses besoins immédiats et ne se soucie pas de mémoire. Quel gâchis.

Pour demain je me réserve la mosquée-cathédrale dont, il y a plus de quarante, j’avais gardé un souvenir inoubliable. À vérifier car, depuis, j’ai beaucoup voyagé.

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22 avril 2015

Mercredi 22 avril 2015

Comment ne pas décrire la Feria de Séville dont tout le monde a, un jour où l’autre, entendu parler ? C’est un grand rassemblement qui ressemble à la fois à la fête de l’Humanité, à la fête à neu neu, au rassemblements du Rotary Club, à celui du cercle de polo de Bagatelle et à la foire du trône. Il y a d’abord énormément de tentes-restaurants mais dont plus de la moitié sont privées, gardées par des vigiles, depuis celle du Parti Socialiste Espagnol Andalou à celle de telle ou telle entreprise ou encore celle de Monsieur X ou Y. C’est donc un lieu où on va montrer son statut social et cela passe par diverses choses : les vêtements tout d’abord : les femmes sont presque toutes en tenue andalouse, ces robes serrées au genou et qui mettent en valeur la cambrure du dos et la ligne des fesses ce qui est quand même assez érotique. Mais il y a quantité de nuances que je ne prétends pas avoir toutes comprises : la femme est seule en tenue andalouse ou ses enfants, garçons compris, le sont aussi ou l’homme aussi porte la petite veste courte et le feutre rond et plat du cavalier andalou. Puis il y a les équipages, une nuée d’équipages qui ne cessent de tourner sur le lieu de la fête, certains avec un seul cheval, d’autres avec deux et certains avec six chevaux. Les palefreniers — un ou deux — arborent des tenues variées depuis la simple tenue andalouse jusqu’à celle que l’on trouve dans les gravures de Goya en passant par celle des jockeys anglais. Certains équipages arborent un monogramme, d’autres noms. On sent qu’il y a là tout un jeu social assez impénétrable au profane mais qui est d’une grande importance. De plus il y a les cavaliers, bien entendu dans cette tenue andalouse dont la veste courte et les bottes mettent si bien en valeur la prestance, certains portant leurs cavalières andalouses en croupe ainsi que de jeunes enfants montant de superbes grands chevaux tenus à la bride par des serviteurs. Ce sont à l’évidence gens du même monde qui paradent devant la foule et qui ne détestent pas être photographies. Les chevaux sont superbes, harnachés avec élégance, parés de pompons aux couleurs vives. Tout cela est splendide bien qu’un peu archaïque, on se croirait revenu au dix-huitième siècle de Goya pourtant, mais je peux me tromper, j’ai l’impression que se manifeste là, non un quelconque désir de reconstitution historique mais davantage une grande fierté andalouse. Je n’ai pas pu m’arrêter de photographier pourtant on sent très vite que cette fête n’est pas destinée aux visiteurs, il y a un entre-soi manifeste, aussi au bout d’une heure et demie, fatigué par la foule et la marche, je suis rentré en taxi retrouver le calme de mon appartement. Calme tout relatif cependant car dans l’appartement au-dessus de celui que j’occupe, vit une française qui accueille ses trois petits enfants extrêmement bruyants. Au passage j’ai sauvé un couple de français qui attendait dans la rue avec leurs valises ne sachant comment appeler leur propriétaire et ne parlant ni un mot d’espagnol ni d’anglais. J’ai eu plaisir à régler assez vite leur problème. Bon samaritain, ça ne me ressemble pas, mais pour une fois… Ceci dit, fête oblige, tout est fermé dans Séville aujourd'hui. Les habitants sont à la Feria. Faut-il aussi que je dise que j'ai très bien mangé de tapas aux halles spécialisées du pont de San Telmo en revenant de la foire par le quartier de Triana. Il faudrait que je raconte encore quantité de choses comme les Murillo du magnifique hôpital de la charité mais je me suis fixé une page par jour, pas plus…

Demain je pars pour deux jours à Cordoue en train. Je vais jouer au touriste dans cette ville où je ne suis pas revenu depuis plus de quarante ans.

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21 avril 2015

Mardi 21 avril 2015

La Feria a commencé officiellement cette nuit avec le feu d’artifice de 0 heures. Je n’y suis pas allé. La Feria (mot qui en espagnol signifie aussi bien la foire que la fête) est en effet une espèce de foire du trône en dehors de la vieille ville à une heure environ de mon appartement. Fatigué par la piscine (je vieillis gentiment…) je n’ai pas eu le courage de faire en plus deux heures de marche. Dans la ville la feria ne change rien si ce n’est que commence à apparaître de ci de là des femmes en tenue d’andalouses mais pas, comme lors de la semaine sainte, toutes en noir et en dentelles, bien au contraire, toutes leurs tenues sont plus colorées les unes que les autres et la fleur, rouge de préférence, dans les cheveux est de rigueur. Je continue donc à faire calmement mon explorateur et remarque combien Séville est une ville propre où les habitants ramassent sans hésiter les crottes de leurs chiens, où les immeubles en mauvais état ont la façade peinte ce qui fait que l’on a l’impression, contrairement à tant d’autres villes anciennes qu’il n’y a pas de ruines, où aucune poubelle ne traîne dans les rues. Je m’habitue bien à cette ville plutôt paisible et adopte un rythme espagnol sortant de dix à quatorze heures, rentrant ensuite dans l’appartement pour profiter de sa fraîcheur et ressortant ensuite vers six heures pour me mêler aux espagnols qui envahissent alors les terrasses des cafés et restaurants et mangent vers huit heures trente, même si, en ce moment, Séville parle en partie français. Hier soir je suis retourné au Contenedor, rue San Luis, toujours aussi excellent et toujours aussi plein : ils refusent régulièrement des clients. J’y suis allé trois fois et ça suffit pour que la femme qui est à l’accueil me prenne par les épaules comme un vieux familier. On est facilement accepté ici et j’ai ainsi trois ou quatre lieux où on me reconnaît ce qui change l’accueil et la façon dont on vit le lieu : le tout petit café de la rue des Siete Dolores, le marchand de journaux du kiosque de la rue Recaredo, la piscine de Santa Justa, le Contenedor… Je ne sais si ça veut dire qu’il est facile de s’intégrer mais, quoi qu’il en soit, c’est assez plaisant. Je visite toujours des églises. Aujourd’hui San Jose, tout croule sous l’or et l’infini grouillement des détails. L’œil s’y perd, la pensée aussi, c’est comme si on était submergé par une immense vague dorée qui devrait nous emporter vers l’adoration ainsi que l’indique les regards révulsés des myriades de statues. Le plus étonnant dans tous ces écroulements étant les foules d’angelots ou de chérubins qui s’ébattent là-dedans comme dans une prairie à l’herbe trop haute.

À six heures j’ai décidé d’aller à la Féria, une heure et demie de marche après la piscine mais je ne le regrette pas. D’abord parce que ça m’a permis de découvrir la superbe Plazza de Espagna et le parc Maria Luisa. Deux lieux de promenade extrêmement agréables et étonnants. La Plazza de Espagna est un lieu qu’il faut absolument voir même si c’est en dehors du circuit touristique classique. Séville est une ville photogénique tant il y a des lieux qui étonnent l’œil. Ces deux là en font partie. Fatigué, je suis rentré en taxi pour aller manger dans une petite place sympathique, Los Terceros. Malheureusement, la cuisine n’est pas à la hauteur et je déconseille de manger là.

Je parlerai de la Féria demain.

Posté par balpe à 22:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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