Certains s’étonnent de mon insistance à parler de mes piscines, mes marches ou mon vélo mais ce sont les rares moments où le corps existe dans le seul bonheur de vivre, d’être ce qu’il est, un être qui fonctionne au mieux dans le monde et le temps, c’est une réelle jouissance. Il paraît que ce n’est qu’une question d’endorphine. D’accord, je me drogue ainsi naturellement mais, ce qui est sûr, c’est que chaque fois que je sens venir une légère dépression je sais ainsi trouver un remède par mes propres ressources. Il y a aussi l’amour physique, le sexe comme activité sportive, mais à mon âge…

J’arrive au stade de mon séjour où je me sens de plus en plus chez moi. L’espagnol d’abord. J’aime cette langue claire bien articulée, accentuée où les mots se détachent nettement même si l’accent andalou dévore une partie de ses consonnes. Peu à peu, dans mon cerveau, l’espagnol occupe la première place. Face au portugais, c’était assez facile car la musique des deux langues est très différente ; plus difficile avec l’italien qui, bien que moins rugueux, est aussi sonore et accentué. Au début, c’était lui qui venait en premier me créant bien des incompréhensions, maintenant j’ai passé ce stade et progresse, rapidement, en espagnol.

Ce sont des petites choses comme ça qui crée un sentiment de confort, le fait par exemple que les espagnols, du moins les sévillans m’ont facilement adopté : il a suffi que j’aille deux fois au même restaurant, ce fameux Contenedor dont j’ai parlé pour que, chaque fois que je passe devant leur devanture, les serveuses me fassent de grands signes ; de même l’attitude du patron de bar où je vais boire un café en sortant de mon appartement a considérablement évolué de polie à amicale, ces évolutions se traduisant par des attitudes, des gestes, des expressions montrant que je faisais désormais partie de son paysage. Au passage, leur café est un délice, presque italien, riche en arôme, fort, mais pas amer. Une tasse le matin me nourrit le palais pour toute la journée. Rien à voir avec l’espèce d’eau — de plus en plus proche du café américain — que servent les bars français. Même les capsules Nespresso, qui sont cependant un peu mieux, ne sont à la hauteur. Ça va me manquer…

Demain je pars pour quatre jours à St Riquier (Somme), pour mon exposition au Centre Culturel de Rencontre de l’Abbaye de St Riquier. Ce journal s’interrompra donc durant cette période. Ne surtout pas en déduire que je l’abandonne ou, mieux, que je suis mort. Il faudra attendre le 20 avril pour vérifier ou réfuter cette dernière hypothèse.