Cinq jours à Saint Riquier où j’ai dû retourner pour l’inauguration de l’exposition dont je suis partiellement commissaire. Une assez belle réussite je crois. Un bref passage à Paris pour une nuit dans mon appartement puis retour à Séville. Bizarrement je me sens plus chez moi ici, où je ne suis que locataire temporaire, qu’à Paris où je suis propriétaire. Pourtant il faisait beau à Paris, un peu moins chaud qu’ici mais la lumière était à peu près la même. Heureusement parce que le voyage de retour a été assez éprouvant. J’avais oublié que c’était le début des vacances scolaires françaises. Orly était bondé et les queues effroyables avec notamment des cohortes de groupes d’adolescents en voyages d’étude ou linguistiques, je ne sais pas mais qui occupaient généreusement l’espace. M’étant habitué à la solitude, faisant généralement attention à partir hors des vacances collectives, j’avais oublié tout ça. Mais bon, ça fait aussi partie de la vie. Pour arranger le tout, ma valise s’est égarée quelque part entre Barcelone et Séville et je ne l’ai récupérée aujourd’hui que dans l’après-midi. Ce n’est pas très grave d’autant que durant tout le vol de Barcelone à Séville j’ai bénéficié d’un splendide coucher de soleil que — il faudrait m’expliquer pourquoi — nous avons suivi durant une heure trente avec de splendides nuances de rouge, rouge-orangé, jaune et des nuages moutonneux d’abord d’un gris profond velouté puis laissant la place au noir profond avant de retrouver les illuminations des villes lorsque l'avion est rentré dans les terres… Malheureusement mon appareil photo était dans la valise qui, pendant ce temps-là, se promenait ailleurs.

J’ai retrouvé Séville avec une grande joie et, arrivant vers vingt-trois heures, j’ai pu encore aller manger une excellente salade dans le petit restaurant-pizzeria très bon marché mais très sympathique et familial de la place San Marcos. Salade très copieuse et verre généreux de Rioja, le tout pour dix euros tout rond.

Ce matin je n’ai pas pu résister à aller marcher encore essayant de me perdre dans des rues où je ne suis encore jamais passé. J’adore ça, faire des rencontres hasardeuses comme la manifestation de je ne sais quels employés pour je ne sais quelles raisons ce matin où découvrir — même si ce sont en fait des choses très connues ce sont, pour moi, des découvertes — de nouveaux petits cafés, des places ombragées où les gens papotent assis sur les bancs, de nouvelles églises toutes plus dorées les unes que les autres et me plonger dans leur hyperréalisme sanguinolent. Je n’avais jamais encore mesuré comme ici à quel point le catholicisme a le culte de la souffrance et du sang que la grandiloquence de l’or s’efforce de sublimer. L’or est partout, sur tous les autels, sur toutes les céramiques de vierges qui abondent dans les rues, sur tous les vêtements de toutes les statues et, au milieu de tout ça, des myriades d’angelots ou de chérubins nus, joues rondes, potelés, indéniablement mâles qui volettent allègrement autour des scènes de décapitation, de martyre, de crucifixion. Il y a, me semble-t-il, quelque chose de comparable dans leur culte de la tauromachie : sang, or et théâtre.