Quarante cinq minutes de Talgo depuis Séville, très confortable. J’arrive donc à Cordoue. J’achète une carte, cherche la rue de mon hôtel, introuvable. Je me renseigne, personne ne la connaît. J’essaie donc de trouver l’hôtel Windsor Hôtel & Tower qui m’avait séduit pas sa situation et sa piscine. Introuvable. Au syndicat d’initiative on ne le connaît pas et pourtant mes 300 € ont bien été prélevés. Je vérifie encore… Internet ignore le monde, sa géographie est plate et les distances n’existent pas dans son temps réel. L’hôtel que j’ai réservé est à Cordoba, en Argentine. Cette idée ne m’avait pas effleuré une seconde, demandant un hôtel de Cordoue, à partir de Séville, j’ai complètement négligé cette homonymie. La leçon est coûteuse, mais c’est une leçon utile… J’ai quand même trouvé une chambre dans un hôtel sans piscine…

À première vue — mais les premières vues sont rarement les bonnes — Cordoue est une ville moyenne beaucoup moins animée que Séville et dont certains quartiers ressemblent par l’accumulation des boutiques aux Baux de Provence ou à Antibes. J’ai commence, selon mon habitude, à rôder au hasard. Je ne vais pas décrire les monuments, Wikipédia le fait très bien. C’est un mélange de Séville et de Carmona, en partie ville moderne, en partie village andalou. Les petites rues sont superbes et très propres (je n’en avais pas gardé ce souvenir) et il fait très bon s’y promener, surtout après six heures du soir car la chaleur est déjà terrible l’après-midi. J’ai visité plusieurs lieux dont l’alcazar des rois catholiques qui est surtout remarquable pour ses céramiques romaines et par la vue que, du sommet de la seule tour où l’on peut monter, on a de la ville et de la campagne. Les remparts aussi soulignées de leurs bassins d’eau. Puis quelques églises : je ne m’en lasse pas et, au passage, la joie de découvrir un merveilleux sculpteur sur bois : Aurelio Teno.

Le soir je suis allé écouter un concert au centre culturel : Beethoven, trio, opus 11 et Brahms, trio opus 114. Je ne suis pas musicien mais j’ai soudain compris la différence entre jouer ensemble toutes les notes et faire un trio. Ce devaient être des étudiants. leur jeu m’a plongé, je ne sais pourquoi dans un insondable sentiment de solitude s'est jeté sur moi comme un chat sauvage car, tout au long du concert, je me suis demandé ce que je faisais là. Je n’ai d’ailleurs pas pu tenir jusqu’au bout et suis parti après le deuxième mouvement. Je suis alors allé manger — médiocrement, c’est le risque lorsque l’on découvre une ville — sur la Plazza Tendillas qui semble être le cœur de la ville, lieu de transition entre la partie moderne ressemblant à n’importe quelle ville du monde et la partie ancienne inimitable. Qu’avons-nous fait pour ne laisser désormais à nos descendants que des lieux sans âme et sans charme alors que nos prédécesseurs nous ont fait hériter de tant de lieux admirables. Notre génération est égoïste qui ne pense qu’à ses besoins immédiats et ne se soucie pas de mémoire. Quel gâchis.

Pour demain je me réserve la mosquée-cathédrale dont, il y a plus de quarante, j’avais gardé un souvenir inoubliable. À vérifier car, depuis, j’ai beaucoup voyagé.