Plus que deux jours à passer ici, je me sentais bien à Séville, j’y serais bien rester quinze jours de plus mais il faut bien de temps en temps retrouver la communauté humaine qui, s’il ne se manifeste pas oublie rapidement ses membres. À tant que faire, je préfère la solitude volontaire à la solitude subie. Le temps ne s’est pas vraiment arrangé et la météo n’annonce rien de bon pour les jours à venir. Le proverbe d’avril est vrai ici, au sud de l’Espagne, comme au nord de la France. Au cours de la journée, le soleil essaiera bien de percer mais ça restera très timide…

Aujourd’hui j’ai recommencé à jouer au touriste, il y avait encore un lieu, incontournable, que je m’étais gardé pour la faim : la maison de Pilate. Je ne saurai vous dire si son nom provient de celui de la place (Plaza Pilatos) ou l’inverse. Peu importe en tous cas et Internet vous en apprendra là-dessus certainement plus que moi. Quoi qu’il en soit c’est un des palais des ducs et duchesses de Medinacelli, une des plus « grandes » familles d’Espagne dont Wikipédia publie la liste depuis le quatorzième siècle. Le palais a été construit à partir du quinzième siècle à partir des terrains et propriétés récupérés par la « très sainte inquisition » qui gardait ainsi quand même bien les pieds sur terre même si elle ne prétendait défendre que les territoires célestes. Ceci dit, paix à leurs âmes, ce palais est une merveille à plus d’un titre. D’abord par son architecture autour de plusieurs patios, ensuite par ses jardins, puis par son extraordinaire collection de marbres antiques dispersés dans les divers espaces, enfin par une grande collection de tableaux, essentiellement des dix-septième et dix-huitième siècle dont une très belle petite madone dans l’escalier d’accès au palais d’hiver (la partie haute), un Goya (el arrestre del toro) et la curieuse femme à barbe de Jusepe de Ribera (une belle copie) parmi de nombreux autres. malheureusement tout cela est très mal mis en valeur et noyé dans les portraits familiaux dont la plupart quand même sont de très belle facture. Ce qui est amusant, c’est que la duchesse actuelle a semé ça et là de minables petites photos de sa famille actuelle. N’ont-ils plus les moyens de s’offrir de vrais tableaux ? Je n’ai pas osé poser la question. Quoi qu’il en soit si la visite du rez-de-chaussée (le palais d’été) magnifique exemple de l’influence arabe sur les demeures aristocratiques du sud de l’Espagne est libre, le premier étage ne se visite qu’avec un guide ce qui m’ennuie toujours car il est impossible de choisir ce que l’on veut regarder avec le plus d’intensité et que le commentaire est sans grand intérêt. J’ai quand même appris que Séville était une ville humide. C’est toujours ça…

Ensuite ? Ensuite flânerie habituelle dans les rues où je ne suis pas encore passé. Curieux de constater que le cerveau se crée une topographie virtuelle à partir d’indices infimes et comment, au bout de quelques jours, il sait exactement où il est même dans des lieux jamais vus. Puis… Piscine.