Comment ne pas décrire la Feria de Séville dont tout le monde a, un jour où l’autre, entendu parler ? C’est un grand rassemblement qui ressemble à la fois à la fête de l’Humanité, à la fête à neu neu, au rassemblements du Rotary Club, à celui du cercle de polo de Bagatelle et à la foire du trône. Il y a d’abord énormément de tentes-restaurants mais dont plus de la moitié sont privées, gardées par des vigiles, depuis celle du Parti Socialiste Espagnol Andalou à celle de telle ou telle entreprise ou encore celle de Monsieur X ou Y. C’est donc un lieu où on va montrer son statut social et cela passe par diverses choses : les vêtements tout d’abord : les femmes sont presque toutes en tenue andalouse, ces robes serrées au genou et qui mettent en valeur la cambrure du dos et la ligne des fesses ce qui est quand même assez érotique. Mais il y a quantité de nuances que je ne prétends pas avoir toutes comprises : la femme est seule en tenue andalouse ou ses enfants, garçons compris, le sont aussi ou l’homme aussi porte la petite veste courte et le feutre rond et plat du cavalier andalou. Puis il y a les équipages, une nuée d’équipages qui ne cessent de tourner sur le lieu de la fête, certains avec un seul cheval, d’autres avec deux et certains avec six chevaux. Les palefreniers — un ou deux — arborent des tenues variées depuis la simple tenue andalouse jusqu’à celle que l’on trouve dans les gravures de Goya en passant par celle des jockeys anglais. Certains équipages arborent un monogramme, d’autres noms. On sent qu’il y a là tout un jeu social assez impénétrable au profane mais qui est d’une grande importance. De plus il y a les cavaliers, bien entendu dans cette tenue andalouse dont la veste courte et les bottes mettent si bien en valeur la prestance, certains portant leurs cavalières andalouses en croupe ainsi que de jeunes enfants montant de superbes grands chevaux tenus à la bride par des serviteurs. Ce sont à l’évidence gens du même monde qui paradent devant la foule et qui ne détestent pas être photographies. Les chevaux sont superbes, harnachés avec élégance, parés de pompons aux couleurs vives. Tout cela est splendide bien qu’un peu archaïque, on se croirait revenu au dix-huitième siècle de Goya pourtant, mais je peux me tromper, j’ai l’impression que se manifeste là, non un quelconque désir de reconstitution historique mais davantage une grande fierté andalouse. Je n’ai pas pu m’arrêter de photographier pourtant on sent très vite que cette fête n’est pas destinée aux visiteurs, il y a un entre-soi manifeste, aussi au bout d’une heure et demie, fatigué par la foule et la marche, je suis rentré en taxi retrouver le calme de mon appartement. Calme tout relatif cependant car dans l’appartement au-dessus de celui que j’occupe, vit une française qui accueille ses trois petits enfants extrêmement bruyants. Au passage j’ai sauvé un couple de français qui attendait dans la rue avec leurs valises ne sachant comment appeler leur propriétaire et ne parlant ni un mot d’espagnol ni d’anglais. J’ai eu plaisir à régler assez vite leur problème. Bon samaritain, ça ne me ressemble pas, mais pour une fois… Ceci dit, fête oblige, tout est fermé dans Séville aujourd'hui. Les habitants sont à la Feria. Faut-il aussi que je dise que j'ai très bien mangé de tapas aux halles spécialisées du pont de San Telmo en revenant de la foire par le quartier de Triana. Il faudrait que je raconte encore quantité de choses comme les Murillo du magnifique hôpital de la charité mais je me suis fixé une page par jour, pas plus…

Demain je pars pour deux jours à Cordoue en train. Je vais jouer au touriste dans cette ville où je ne suis pas revenu depuis plus de quarante ans.