Ce matin il pleut sur Séville, peu, mais il pleut. Il est vrai que cette ville qui chapeaute Gibraltar est à environ cent kilomètres de l’Atlantique et pas davantage de la méditerranée. C’est dimanche et le dernier jour de la Feria et je ne sais pourquoi ça carillonnait beaucoup ce matin. Tout est fermé, la ville est triste. Seules les boutiques chinoises, qui jouent ici un peu le rôle de nos épiciers arabes, sont ouvertes. Elles sont toujours et, dans un bazar surchargé qui tourne parfois même au labyrinthe, offrent pratiquement de tout, des bouteilles d’eau aux parapluies en passant par les conserves et les yaourts.

Je m’étais promis d’aller à pied au Musée d’Art Contemporain qui est assez loin, dans l’île de la Cartuja où se trouve le monastère des chartreux qui lui donne son nom. Le monastère, vu de l’extérieur, est intéressant sans plus mais, contrairement à ce que disait mon dépliant, il était fermé. Pas d’art contemporain donc. Je m’étais dit que, pour compenser, ce serait bien de pouvoir photographier des andalouses avec un parapluie mais, est-ce justement parce qu’il pleuvait, pas d’andalouse. J’ai pensé un moment aller au Musée Archéologique, Plaza de America, dans le très beau parc Maria Luisa mais, en route, il pleuvait assez fort et j’ai dû m’abriter longuement à la pâtisserie café Campana, place du même nom où il y a rarement une table libre. Un café solo, un gâteau. J’aime bien goûter les produits locaux que je ne connais pas mais je suis assez déçu par les pâtisseries espagnoles, elles manquent totalement de la finesse des pâtisseries françaises. Toutes celles que j’ai goûtées sont plutôt lourdes, trop sucrées, même celles qui se présentent comme des spécialités, par exemple le pastel cordobes. Seule la torta de queso (le gâteau au fromage) me paraît correct mais ce n’est quand même pas une merveille. Rien avoir avec les turon, les nougats, qui sont délicieux mais trop riches en calories pour pouvoir en consommer régulièrement. Le temps aurait été idéal pour la piscine mais, le dimanche, elle est aussi fermée. Ce sont des jours comme celui-là où la solitude se paie au prix fort.

Donc, après mes trois heures de marche, j’ai eu envie de rentrer. L’avantage de louer est celui-là, on n’est pas cantonné à la tristesse (quel que soit son luxe) d’une chambre d’hôtel. De plus l’exaltation expressionniste des voisins faisant l’ amour fenêtre ouverte a un côté réjouissant. Je travaille tout l’après midi puis décide de sortir pour aller manger. Je choisi El Pimiento Rojo qui paraît-il est excellent. Le temps s’est tellement dégradé que, pour la première fois, je suis obligé de mettre un pull en plus de mon blouson. Finalement ce n’est pas très différent de Paris.

Le Pimiento Rojo est au bout des Alamedas (la promenade), ce qui ressemble le plus à un cours méridional, une longue place plantée d’arbres où il est agréable de boire un verre à une terrasse. C’est un petit restaurant très correct, un peu bruyant à mon goût, mais vivant. Une bonne idée pour une soirée.