La journée commence par un petit déjeuner place du corredor. J’ai voulu faire comme les cordouan : churros (beignets) et café au lait. Mon estomac n’a pas bien aimé, trop gras et ce goût de graisse est tenace. Est-ce pour cela que je ne me sens pas bien à Cordoue comme à Séville ? Ou parce que je suis en position de touriste ? Ou parce que le temps est aujourd’hui médiocre avec presque pas de soleil et un vent froid qui donne l’impression, bien qu’il fasse 27 degrés à 16 heures que la température est au-dessous de 20 ? Pourtant la vieille ville est, objectivement magnifique et, de patios en patios, de places en places, d’églises en églises, on va de merveilles en merveilles… Mais peut-être, peut-être ça aussi, une indigestion de choses à voir vues. J’ai besoin de longs moments de transition…

Ce matin, l’incontournable, la mosquée-cathédrale. Première surprise agréable elle est tellement vaste que, malgré la foule de touristes de toutes nationalités, il n’y a aucune queue, surtout si on achète son billet aux caisses automatiques. C’est toujours une merveille, quelle que soit la direction vers laquelle se porte le regard ses perspectives d’arches et de colonnes sont un vrai régal pour l’œil. Elle est tellement immense — 180 mètres de long sur 130 mètres de large —  qu’aucun détail ne casse leurs lignes et que, en dépit des foules, elle semble vide, vers un infini qui donne à penser. Sa simplicité de décor que, malgré tous ses efforts, le catholicisme n’est pas parvenu à contrarier est une merveille. Ici, quoi que l’on en pense, les dégoulinures d’or, la masse de tableaux, les multiples saints du catholicisme ne mord pas sur son espace. Il est et reste un intrus, quelque chose comme un parasite qui marque partiellement un corps sain et ne parvient cependant pas à en détruire la beauté. Je ne connais aucun autre lieu qui montre si bien la différence de conception de l'espace religieux et, partant, du rapport au divin. Je l’ai parcourue de long en large en ayant toujours l’impression d’y être presque seul et j’ai dû y rester une heure alors qu’apparemment il n’y a rien à voir mais j’ai longuement rêvé sur les multiples lignes de fuite. Seule la petite pièce du trésor, sans grand intérêt d’ailleurs, donne un peu une impression de foule. Après cela il faut se reposer l’œil et, pour cela, Cordoue ne manque pas de petites places pour boire un verre. J’ai choisi celle sur laquelle s’ouvre le musée archéologique qui, en passant, est intéressant, sans plus.

Retour à l’hôtel pour une petite sieste. Récapitulations : j’ai vu tout ce que je m’étais promis de voir. Donc, retour au calme. Ce sera lecture à une terrasse de café épargnée par le vent puis restaurant. Après renseignements et consultation de TripAdvisor, j’ai choisi le Flamenka, près de la cathédrale qui a une bonne réputation. Le cadre est très modeste mais l’accueil est chaleureux. La cuisiner est une honnête cuisine bourgeoise, certainement fait maison (ou alors j’ai perdu toute capacité à apprécier la cuisine). J’ai pris un salmonejo cordobes, espèce de velouté ressemblant à un gaspacho en plus dense, et une queue de taureau, délicieuse, fondante à souhait comme quand je prépare de la joue de bœuf, mais trop copieux pour une personne seule. Deux verres de bon vin, un café, le tout pour trente euros. Correct donc ce qui est déjà beaucoup.