Aujourd’hui, journée « trip » comme diraient nos publicistes qui ont oublié que le français existe. Excursion donc. Carmona, une petite ville à environ quarante kilomètres de Séville, facile d’accès par le bus  M124 qui a plusieurs arrêts en ville et des services environs toutes les heures et… 2,80 €. Ici la vie n’est pas chère et, sans le vouloir, je fais des économies

Carmona donc. Une superbe ville moyenne très blanche, très andalouse sur sa colline avec ses nombreuses églises et ses quelques palacios pour la plupart transformés en hôtel. Le soleil et la chaleur sont revenus, pourtant j’y ai marché au moins six heures sans m’ennuyer tant il y a de choses à voir. Le site de cette ville est en effet étonnant car on trouve des traces de son existence quelques 2000 ans avant JC. Autant dire que de l’âge du bronze aux Almohades, en passant par les carthaginois et les romains elle a vu du monde. Et de tout cela il y a des traces, la période arabe étant, comme souvent ici, la plus effacée. Mais vous pouvez voir tout cela et beaucoup plus encore sur Wikipédia, mon journal ne se veut pas un guide touristique. L’Alcazar est intéressant, pas tant pour ses restes archéologiques qui se réduisent à ceux d’une forteresse que par le panorama qu’il offre sur la ville et la plaine andalouse. Puis il y a la très étonnante Plaza del Mercado qui est en fait un immense cloître récupéré en marché mais qui m’a fait fortement pensé aux caravansérails du Moyen-Orient (de Syrie notamment) ou d’Asie Centrale : un vaste espace central entouré de colonnes et de grand nombre de petites échoppes. En tous cas, si c’est un cloître, c’est un très grand cloître. La plaquette de la ville indique 41 lieux à voir, je ne les ai pas vus tous mais je peux conseiller de ne manquer ni l’église du Salvador ni la nécropole romaine — même si elle un peu à l’extérieur de la ville. La première pour son étonnant retable central, la seconde notamment pour la tombe gigantesque de Servilia. Mais il y a aussi l’alcazar du roi Don Pedro transformé en parador et que l’on peut visiter et la belle céramique de l’hôtel de ville (ayutamiento). Bref une vraie visite historico-touristique.

Cependant j’ai réalisé durant cette journée, plus clairement que jamais, que ce n’est pas cet aspect du voyage qui m’intéresse. Peut-être ai-je vu trop de temples de toutes cultures, trop de palais, trop de ruines, trop de châteaux, d’alcazar, de musées, de tableaux, de tombes, de poteries, de pavages de céramique un peu partout dans le monde. Quoi qu’il en soit, ce qui m’intéresse profondément c’est de m’insérer dans la vie des gens, de passer inaperçu si possible et de voir comment ils vivent, d’écouter bruisser les langues et chanter les conversations même si je ne comprends pas ce qu’ils disent. Ainsi je me suis laissé tenter, vers quinze heures à m’arrêter Plaza San Fernando où il n’y a rien de remarquable si ce n’est que c’est une place vraiment vivante pour me reposer puis, rompant pour une fois mon habitude de ne plus déjeuner, consommer un excellent gazpacho andalou et un civet de cerf savoureux avec deux verres de vin local, le tout pour dix euros, dans un petit bar de la rue Prim qui donne sur la place. Ce sont des moments comme ceux-là qui me font me sentir vivant.